
L’Afrique produit près de 80 % du cacao mondial, mais ne capte qu’une faible part des revenus générés par l’industrie du chocolat. Pendant des décennies, les principaux pays producteurs ont exporté des fèves brutes avant de les voir transformées en Europe, en Amérique du Nord ou en Asie. Aujourd’hui, cette stratégie est remise en question. Le Ghana et la Côte d’Ivoire veulent désormais accélérer la transformation locale du cacao afin de créer davantage d’emplois, d’augmenter leurs recettes et de reprendre le contrôle d’une filière stratégique.
L’Afrique domine la production mondiale… mais pas les profits
La Côte d’Ivoire et le Ghana sont les deux plus grands producteurs mondiaux de cacao. Ensemble, ils fournissent l’essentiel des fèves utilisées par les plus grandes marques de chocolat.
Pourtant, la plus grande partie de la valeur ajoutée est créée à l’étranger, là où les fèves sont transformées en beurre de cacao, poudre, chocolat ou autres produits finis. Cette situation limite les revenus des pays producteurs et les prive d’une importante source d’industrialisation.
Le Ghana fixe un nouvel objectif : transformer 50 % de sa production
Face à ce constat, le gouvernement ghanéen a décidé de changer de cap.
À partir de la campagne 2026-2027, au moins 50 % des fèves de cacao devront être transformées localement. Cette réforme vise à approvisionner davantage les usines nationales, à développer l’industrie agroalimentaire et à créer des milliers d’emplois dans la transformation, le conditionnement et la logistique.
Les autorités estiment que les infrastructures existantes permettent déjà d’augmenter rapidement la production sans investissements massifs supplémentaires.
La Côte d’Ivoire partage la même ambition
Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire suit la même direction.
Avec le Ghana, le pays a réaffirmé sa volonté de renforcer la transformation locale, de développer les échanges africains de produits à base de cacao et d’augmenter la part de richesse conservée sur le continent. Les deux pays souhaitent également attirer davantage d’investissements dans les usines de transformation afin de réduire leur dépendance aux exportations de matières premières.
Créer plus de valeur et plus d’emplois
Transformer le cacao localement permet de multiplier les retombées économiques.

Chaque étape supplémentaire broyage, fabrication de beurre de cacao, poudre, chocolat, emballage et distribution génère d’avantage d’emplois qualifiés et de revenus que l’exportation de simples fèves.
Cette stratégie pourrait également favoriser le développement de PME locales, renforcer les exportations de produits finis et accroître les recettes fiscales des États africains.
Un secteur confronté à de nouveaux défis
Cette transformation intervient dans un contexte difficile.
Après les records historiques atteints en 2024, les prix mondiaux du cacao ont fortement reculé. Les producteurs font également face aux effets du changement climatique, aux maladies des cacaoyers et à une baisse des rendements dans plusieurs régions d’Afrique de l’Ouest.
Ces difficultés renforcent l’idée qu’une montée en gamme de la filière est indispensable pour améliorer durablement les revenus du secteur.
Et le Cameroun dans tout cela ?
Le Cameroun, quatrième producteur africain de cacao, pourrait lui aussi tirer profit de cette nouvelle dynamique.
En développant davantage la transformation locale, le pays pourrait créer des emplois industriels, renforcer ses exportations de produits finis et améliorer les revenus des producteurs. Pour la CEMAC, cette évolution représente une opportunité de diversifier les économies et de développer une industrie agroalimentaire plus compétitive.
L’analyse de LACEMAC.INFO
Pendant longtemps, l’Afrique a exporté ses matières premières avant de racheter les produits transformés à des prix beaucoup plus élevés.
Le cacao illustre parfaitement cette réalité. Alors que le continent fournit la majorité de la production mondiale, il capte encore une part très limitée des bénéfices de l’industrie du chocolat.
Le choix du Ghana et de la Côte d’Ivoire d’accélérer la transformation locale marque un tournant stratégique. Au-delà du cacao, il traduit une volonté plus large: industrialiser l’Afrique, créer davantage de valeur ajoutée sur le continent et réduire sa dépendance aux exportations de matières premières.
Pour les pays de la CEMAC, le message est clair : l’avenir ne réside plus uniquement dans l’exploitation des ressources naturelles, mais dans leur transformation locale.
C’est à cette condition que l’Afrique pourra convertir sa richesse agricole en véritable puissance économique.

