
Le Cameroun et les États-Unis veulent donner une nouvelle dimension à leur partenariat économique. Réunis à Yaoundé les 27 et 28 août 2026 pour le premier Dialogue économique et commercial bilatéral entre les deux pays, responsables publics et acteurs privés ont identifié près de 7 milliards de dollars, soit environ 4 000 milliards de FCFA, d’opportunités d’investissement, de commerce et d’expansion de projets. Énergie, minerais critiques, infrastructures, numérique, foresterie et logistique figurent parmi les principaux secteurs concernés. Mais derrière ce chiffre spectaculaire, une nuance est essentielle : il ne s’agit pas encore de 7 milliards de dollars effectivement investis. Les projets se trouvent à différents stades de développement et leur concrétisation dépendra désormais des études, des financements, des négociations commerciales et de la capacité du Cameroun à offrir un environnement suffisamment attractif aux investisseurs américains.
Un nouveau cadre pour les relations économiques entre Yaoundé et Washington
Le premier Dialogue économique et commercial Cameroun–États-Unis constitue une nouvelle étape dans les relations entre les deux pays. Organisée à Yaoundé les 27 et 28 août, cette rencontre avait pour objectif de passer d’une coopération essentiellement diplomatique à un partenariat davantage structuré autour de l’investissement, du commerce et du développement du secteur privé. Les discussions ont notamment porté sur l’amélioration du climat des affaires, la promotion des investissements, le développement des partenariats et l’accès aux marchés.
Pour Yaoundé, l’enjeu est particulièrement important. Le Cameroun cherche depuis plusieurs années à attirer davantage de capitaux privés afin de financer ses infrastructures, développer ses industries et accélérer la transformation de son économie. Les États-Unis, de leur côté, voient dans le Cameroun un marché important d’Afrique centrale, mais également une porte d’accès à une région où les besoins en infrastructures, en énergie, en numérique et en ressources stratégiques sont considérables.
Les deux parties ont ainsi décidé d’institutionnaliser ce dialogue à travers des groupes de travail conjoints, avec l’objectif de suivre les engagements et de faire progresser les projets identifiés. Une deuxième édition doit être organisée aux États-Unis en 2027.
Sept milliards de dollars : un montant important, mais à interpréter avec prudence
Le chiffre de près de 7 milliards de dollars a rapidement retenu l’attention. Il représente environ 4 000 milliards de FCFA et donne une idée de l’ampleur du portefeuille de projets présentés ou explorés dans le cadre du nouveau dialogue économique. Mais il serait trompeur de considérer cette somme comme un financement déjà acquis par le Cameroun.
Les autorités et les représentants américains parlent d’opportunités à différents stades de développement. Certaines sont déjà avancées, tandis que d’autres nécessitent encore des études, des négociations, des décisions d’investissement ou la mise en place de financements. La distinction est importante : une opportunité identifiée peut devenir un investissement réel, mais elle peut également être retardée, redimensionnée ou ne jamais aboutir.
Cette prudence est particulièrement nécessaire lorsqu’on observe la taille de certains projets inclus dans l’enveloppe. À elle seule, la centrale hydroélectrique de Grand Eweng représente plusieurs milliards de dollars. Un projet de cette dimension peut donc modifier considérablement le montant global annoncé sans pour autant signifier que la totalité de cette somme sera immédiatement mobilisée.
Pour le Cameroun, le véritable indicateur de réussite ne sera donc pas le montant annoncé à Yaoundé, mais la valeur des projets qui passeront effectivement du stade de l’intention à celui du financement, de la construction et de l’exploitation.
L’énergie, premier grand terrain de coopération
Parmi les projets les plus importants figure celui de Grand Eweng, sur le fleuve Sanaga. Porté par Hydromine, le projet prévoit une capacité de production de plus de 1 000 mégawatts et représente un investissement de plusieurs milliards de dollars. Les discussions autour de ce projet témoignent de l’intérêt américain pour le potentiel énergétique camerounais, mais aussi de l’importance des infrastructures électriques dans la stratégie de développement du pays.
Le déficit et les insuffisances du système énergétique camerounais constituent depuis longtemps un frein au développement industriel. Les entreprises ont besoin d’une alimentation électrique fiable pour produire, les services numériques ont besoin d’une infrastructure énergétique stable et les nouveaux investissements industriels nécessitent des capacités supplémentaires.
Dans ce contexte, un projet comme Grand Eweng pourrait avoir des effets qui dépassent largement la seule production d’électricité. Une augmentation importante de l’offre énergétique pourrait soutenir l’industrie, faciliter l’implantation de nouvelles entreprises et renforcer la compétitivité des activités déjà présentes sur le territoire.
Mais là encore, la concrétisation du projet constituera le véritable test. Grand Eweng est évoqué depuis plusieurs années et son développement a connu différents reports. Le fait qu’il figure aujourd’hui parmi les projets mis en avant dans le dialogue avec les États-Unis constitue un signal positif, mais ne signifie pas encore que les travaux sont sur le point de commencer.
Les minerais critiques attirent Washington
L’autre grande dimension du partenariat concerne les ressources minières. Le Cameroun dispose d’un potentiel important dans plusieurs minerais et cherche depuis quelques années à développer davantage ce secteur afin de réduire sa dépendance aux exportations traditionnelles et de renforcer la transformation locale.
Les discussions avec les entreprises américaines ont notamment porté sur le rutile ainsi que sur un projet de cobalt-nickel-manganèse à Nkamouna. Le projet de rutile, porté dans le cadre d’un partenariat entre Tronox et Lion Rock, représente environ 500 millions de dollars, tandis que le projet de Nkamouna prévoit un investissement initial d’environ 85 millions de dollars.
L’intérêt américain pour ces ressources n’est pas anodin. Les minerais critiques occupent désormais une place centrale dans les stratégies industrielles et technologiques mondiales. Ils sont nécessaires à de nombreuses chaînes de valeur liées aux batteries, à l’électronique, aux technologies avancées et à la transition énergétique.
Pour le Cameroun, cette évolution constitue une opportunité considérable. Mais elle pose également une question essentielle : le pays veut-il simplement devenir un fournisseur de minerais ou cherche-t-il à développer progressivement une véritable chaîne de valeur autour de ses ressources ?
Le gouvernement a justement mis en avant les réformes du secteur minier et la nécessité d’améliorer la gouvernance, la compétitivité et l’attractivité du cadre réglementaire. Un atelier consacré à la mise en œuvre du Code minier de 2023 a également été organisé dans le prolongement du dialogue avec les États-Unis.
Douala au centre des ambitions américaines
Les infrastructures constituent un autre volet majeur des opportunités identifiées. Parmi les projets évoqués figure notamment la construction potentielle d’un nouvel aéroport dans la métropole de Douala, pour un montant annoncé de 2 milliards de dollars. Un autre projet, évalué à 230 millions de dollars, concerne la construction de salles de spectacle modernes à Yaoundé, Douala et Bamenda.
Ces projets illustrent la diversité des intérêts américains au Cameroun. Il ne s’agit plus uniquement d’extraction minière ou d’énergie, mais également d’infrastructures urbaines et de services.
Douala occupe naturellement une place centrale dans cette stratégie. Capitale économique du pays, principale porte commerciale et plateforme logistique majeure, la ville concentre une grande partie des activités industrielles et commerciales. Son développement nécessite cependant des investissements importants dans les transports, la logistique, l’énergie et les infrastructures urbaines.
Un nouvel aéroport pourrait donc avoir des effets importants sur la capacité de la métropole à accompagner sa croissance. Mais comme pour les autres projets, la question du financement et de la faisabilité reste déterminante.
Le numérique entre également dans la course
Le partenariat ne se limite pas aux infrastructures physiques. Le numérique figure parmi les secteurs qui pourraient bénéficier d’une nouvelle dynamique.
L’entreprise américaine Cybastion a annoncé son intention d’investir 75 millions de dollars dans un projet comprenant un centre de données alimenté par l’intelligence artificielle et une centrale électrique à Douala. Le projet s’inscrit dans un contexte où le Cameroun cherche à renforcer ses infrastructures numériques et à développer ses capacités dans les technologies émergentes.
Cette orientation pourrait devenir stratégique.
Le développement des centres de données, des services numériques et de l’intelligence artificielle nécessite en effet des infrastructures énergétiques et de télécommunications solides. Un investissement dans ce domaine peut donc produire des effets indirects sur l’ensemble de l’économie en facilitant l’émergence de nouveaux services, de nouvelles entreprises et de nouveaux emplois qualifiés.
Les États-Unis disposent d’un avantage technologique important dans ce secteur. Pour le Cameroun, l’enjeu sera de transformer cette coopération en transfert de compétences et en développement d’une véritable industrie numérique locale.
Foresterie et logistique : des secteurs moins visibles, mais stratégiques
Les opportunités identifiées concernent également la foresterie et la logistique. Le secteur forestier reste important pour l’économie camerounaise, mais il doit désormais faire face à une exigence croissante de traçabilité, de durabilité et de transformation locale.
Le partenariat entre Taylor Guitars et l’entreprise camerounaise Crelicam autour de l’approvisionnement durable en bois d’ébène illustre cette évolution. Il montre qu’une relation commerciale peut également s’inscrire dans une logique de gestion durable des ressources et de valorisation des produits camerounais.

Dans la logistique, FedEx et son partenaire local Globex Cameroun travaillent de leur côté à la définition d’un cadre et d’un calendrier pour la création d’un entrepôt à l’aéroport international de Douala. Une telle infrastructure pourrait renforcer les capacités logistiques du principal centre économique du pays et faciliter les échanges de marchandises.
Ces projets peuvent sembler moins spectaculaires que le barrage de Grand Eweng ou le nouvel aéroport, mais ils sont essentiels pour construire progressivement un écosystème économique capable d’attirer davantage d’investissements.
Le véritable défi : améliorer le climat des affaires
C’est probablement sur ce point que se jouera une grande partie de la suite du partenariat.
Identifier des projets est relativement simple. Les financer, les construire et les exploiter dans un environnement économique stable est beaucoup plus difficile.
Les deux pays ont justement consacré une partie importante de leurs discussions aux questions fiscales, à la logistique, au transport maritime, aux procédures administratives et à la réforme du secteur minier. Le gouvernement camerounais a également identifié comme priorité la mobilisation de l’appui américain pour préparer et financer un portefeuille de projets structurants.
Les États-Unis ont déjà identifié plusieurs obstacles qui peuvent limiter l’investissement étranger au Cameroun : lourdeurs administratives, difficultés dans certains secteurs, gouvernance et infrastructures insuffisantes. Dans son analyse du climat d’investissement, le Département d’État américain souligne néanmoins les atouts du pays, notamment sa position géographique, son économie relativement diversifiée et son potentiel dans les infrastructures, l’agriculture, les industries extractives et les technologies numériques.
Le Cameroun doit donc désormais transformer ses avantages en conditions concrètes pour les investisseurs.
L’AGOA et l’accès au marché américain restent des enjeux majeurs
Le partenariat économique ne concerne pas uniquement l’arrivée de capitaux américains au Cameroun. Il porte également sur la capacité des entreprises camerounaises à accéder au marché américain.
Le gouvernement souhaite notamment renforcer les relations entre les communautés d’affaires des deux pays et améliorer la capacité des entreprises camerounaises à répondre aux exigences du marché américain. Cette dimension commerciale est importante, car un partenariat équilibré ne peut pas reposer uniquement sur l’importation de capitaux et de technologies américaines. Il doit également permettre aux entreprises camerounaises d’accroître leurs exportations.
Le Cameroun cherche par ailleurs à renforcer sa position dans les échanges avec les États-Unis et à améliorer les conditions d’accès à leur marché. Pour les entreprises locales, l’enjeu est considérable : accéder à un marché aussi vaste peut permettre de changer d’échelle, à condition de disposer d’une production suffisamment compétitive et conforme aux normes internationales.
L’ANALYSE DE LACEMAC.INFO
Pour LACEMAC.INFO, les près de 7 milliards de dollars annoncés à l’issue du premier Dialogue économique et commercial Cameroun–États-Unis constituent un signal important, mais leur véritable valeur ne pourra être mesurée que dans le temps.
Le chiffre est impressionnant. Il représente plusieurs milliers de milliards de FCFA et concerne des secteurs qui peuvent profondément modifier la structure de l’économie camerounaise. Mais il serait dangereux de confondre un portefeuille d’opportunités avec des investissements déjà acquis.
Le premier défi de Yaoundé sera donc de convertir les annonces en contrats, les contrats en financements et les financements en infrastructures et entreprises opérationnelles.
Cette distinction est essentielle parce que le Cameroun a déjà connu, au fil des années, plusieurs annonces de grands projets dont la réalisation a pris du retard. Grand Eweng en est une illustration particulièrement parlante. Un projet énergétique de plusieurs milliards de dollars peut être extrêmement important pour le pays, mais tant qu’il n’a pas franchi les différentes étapes techniques, financières et contractuelles, il reste une perspective.
Pour LACEMAC.INFO, la bonne nouvelle est toutefois ailleurs : Washington semble désormais considérer le Cameroun non seulement comme un partenaire diplomatique, mais comme un marché et une plateforme économique présentant un intérêt stratégique.
Les minerais critiques occupent une place particulière dans cette nouvelle relation. Le Cameroun dispose de ressources qui peuvent intéresser les États-Unis dans un contexte mondial marqué par la compétition pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques. Cette situation offre à Yaoundé une possibilité de négocier davantage de valeur autour de ses ressources, à condition de ne pas reproduire un modèle dans lequel les matières premières quittent le pays avec une faible transformation locale.
Le Cameroun doit donc chercher à attirer les investissements américains, mais également à obtenir du transfert de technologie, de la formation, de la transformation locale et de la création d’emplois qualifiés.
C’est particulièrement vrai dans le numérique. Un centre de données est utile, mais son impact sera beaucoup plus important si son développement s’accompagne d’une montée en compétences des ingénieurs camerounais, de la création de services numériques locaux et de l’émergence d’entreprises capables de travailler autour de cette infrastructure.
La même logique s’applique à l’énergie. Grand Eweng pourrait augmenter considérablement l’offre électrique, mais l’électricité ne crée de la richesse que lorsqu’elle permet à des entreprises de produire davantage, à des industries de se développer et à de nouveaux investisseurs de s’installer.
Le véritable enjeu n’est donc pas seulement d’attirer les 7 milliards de dollars. Il est de faire en sorte que chaque dollar investi produise le maximum de valeur pour l’économie camerounaise.
Cette transformation exige cependant des réformes.
Le Cameroun doit améliorer la prévisibilité de son environnement réglementaire, accélérer certaines procédures administratives, renforcer la sécurité juridique des investissements et poursuivre les efforts de modernisation du secteur minier. Les discussions avec les États-Unis montrent d’ailleurs que ces sujets sont désormais au cœur du partenariat.
Il faut également éviter une autre erreur : considérer l’investissement américain comme une solution qui pourrait remplacer l’effort national.
Le développement du Cameroun doit continuer à s’appuyer sur son secteur privé, ses entrepreneurs, ses banques et son épargne nationale. Les capitaux américains doivent venir compléter cet écosystème, apporter des technologies, des marchés et des capacités de financement supplémentaires.
Pour LACEMAC.INFO, la meilleure issue serait donc la création d’un véritable écosystème économique Cameroun–États-Unis, dans lequel les entreprises américaines investissent au Cameroun, les entreprises camerounaises accèdent au marché américain, les compétences circulent et les projets structurants produisent des retombées pour l’ensemble de l’économie.
Le dialogue annoncé comme permanent peut jouer un rôle déterminant dans cette perspective. Les groupes de travail conjoints devront surtout éviter de devenir de simples structures administratives. Ils devront disposer d’objectifs mesurables : nombre de projets financés, emplois créés, volume d’exportations supplémentaires, investissements effectivement réalisés et niveau de transformation locale.
C’est à partir de ces indicateurs que l’on pourra réellement juger la réussite de cette nouvelle relation économique.
Une opportunité à transformer en stratégie
Le Cameroun possède aujourd’hui plusieurs cartes à jouer. Son marché intérieur, sa position géographique, ses ressources minières, son potentiel énergétique, ses infrastructures portuaires et son rôle de plateforme pour l’Afrique centrale peuvent intéresser les investisseurs américains. Les États-Unis disposent de leur côté de capitaux, de technologies et d’entreprises capables de contribuer à plusieurs secteurs stratégiques.
La rencontre de ces deux intérêts peut donc produire des résultats importants.
Mais la concurrence pour attirer les investissements est mondiale. Le Cameroun ne sera pas le seul pays africain à chercher des capitaux américains pour ses infrastructures, ses minerais ou son numérique. La capacité de Yaoundé à rendre les projets réellement bancables et à offrir un cadre suffisamment prévisible sera donc déterminante.
Les près de 7 milliards de dollars identifiés à Yaoundé constituent ainsi moins une arrivée massive de capitaux qu’une fenêtre d’opportunité.
Il appartient désormais au Cameroun de la transformer.
2027, le prochain test
La prochaine édition du Dialogue économique et commercial doit se tenir aux États-Unis en 2027. D’ici là, les deux parties ont annoncé vouloir poursuivre le travail à travers des groupes conjoints et des feuilles de route destinées à faire avancer les projets identifiés.
Ce rendez-vous permettra probablement de mesurer la distance parcourue depuis les annonces d’août 2026.
D’ici là, le Cameroun devra démontrer que les projets présentés ne sont pas seulement des lignes dans un portefeuille d’opportunités, mais qu’ils peuvent devenir des investissements capables de transformer concrètement l’économie.
Car les 7 milliards de dollars ne constituent pas encore le résultat. Ils constituent le potentiel.
Le véritable résultat sera le nombre de projets effectivement financés, les emplois créés, les infrastructures livrées, les entreprises développées et la valeur ajoutée produite au Cameroun.
Pour LACEMAC.INFO, c’est précisément à ce niveau que se jouera la réussite de ce nouveau chapitre entre Yaoundé et Washington.

