
La République centrafricaine entre dans une nouvelle phase de préparation de sa politique d’investissement public. Depuis le 2 septembre 2026, le ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale a lancé les concertations destinées à préparer le Budget d’investissement de l’État pour 2027 ainsi que le Programme triennal d’investissement 2027-2029. Derrière cet exercice administratif se joue une question majeure pour Bangui : comment concentrer des ressources publiques limitées sur les projets capables de produire les effets les plus importants pour l’économie et les populations ? Infrastructures, sécurité alimentaire, protection sociale, mobilisation des recettes et gouvernance figurent parmi les priorités annoncées. Mais dans un pays dont les capacités de financement restent contraintes, la sélection des projets et leur capacité à attirer les partenaires techniques et financiers seront déterminantes.
Bangui lance les travaux préparatoires
Le compte à rebours est désormais lancé pour la préparation du budget d’investissement centrafricain de 2027. Sous la conduite du ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale, les représentants des différents départements ministériels et les cadres de l’administration ont commencé à examiner les projets susceptibles de structurer l’action publique au cours des trois prochaines années.
Cette étape intervient conformément à la circulaire n°008 du 31 août 2026 du Premier ministre, qui fixe les orientations pour la préparation du prochain exercice budgétaire. Le gouvernement veut ainsi rapprocher davantage trois dimensions qui sont souvent difficiles à articuler : la planification, la programmation et la budgétisation.
L’objectif est donc de ne pas simplement établir une liste de projets, mais de déterminer ceux qui pourront réellement être financés, exécutés et suivis sur la période 2027-2029.
Cette distinction est importante pour la RCA. Dans un environnement où les ressources publiques sont limitées, multiplier les projets sans disposer des moyens nécessaires peut conduire à une dispersion des financements et à des chantiers inachevés. Bangui veut donc désormais renforcer la sélection et la hiérarchisation des investissements.
Cinq priorités pour 2027
Pour le prochain exercice, le gouvernement centrafricain a identifié cinq grandes priorités : accroître la mobilisation des recettes intérieures, renforcer la protection sociale, développer les infrastructures structurantes, améliorer la sécurité alimentaire et consolider la gouvernance.
Ces orientations donnent déjà une indication de la philosophie qui devrait guider le budget d’investissement.
La première priorité concerne la capacité de l’État à mobiliser davantage de ressources sur son propre territoire. Pour Bangui, l’enjeu est particulièrement important : plus les recettes intérieures sont importantes, plus le gouvernement dispose d’une marge de manœuvre pour financer ses politiques publiques sans dépendre exclusivement de l’aide extérieure ou de financements exceptionnels.
La deuxième priorité concerne la protection sociale. Dans un pays confronté à d’importants besoins sociaux, les investissements publics doivent également permettre d’améliorer les conditions de vie des populations les plus vulnérables.
Le troisième axe porte sur les infrastructures structurantes. Routes, énergie, eau, équipements publics et infrastructures économiques constituent des éléments essentiels pour réduire les contraintes qui pèsent sur l’activité économique et favoriser une meilleure intégration du territoire.
La sécurité alimentaire constitue également une priorité majeure. L’objectif est de renforcer la capacité du pays à produire et à approvisionner sa population, tout en créant les conditions nécessaires au développement d’une agriculture davantage productive et commerciale.
Enfin, la gouvernance apparaît comme un élément transversal. Pour le gouvernement, l’amélioration de la gestion publique doit permettre de garantir une utilisation plus efficace des ressources disponibles.
Le gouvernement veut éviter la dispersion des investissements
L’une des caractéristiques importantes du processus engagé à Bangui est la volonté affichée de sélectionner plus rigoureusement les projets.
Le ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale prévoit notamment de donner la priorité aux projets déjà inscrits dans le Plan national de développement 2024-2028 ainsi qu’aux projets déjà en cours d’exécution dont le niveau d’avancement est jugé satisfaisant.
Les nouvelles initiatives pourront également être examinées, mais elles devront présenter des études techniques et socio-économiques suffisamment avancées.
Cette approche répond à une difficulté classique des politiques publiques : annoncer un grand nombre de projets ne signifie pas nécessairement être capable de les réaliser.
Dans le cas centrafricain, le choix de privilégier les projets mûrs peut donc permettre de réduire le risque de voir les ressources se disperser entre une multitude d’initiatives dont certaines resteraient sans financement ou sans capacité réelle d’exécution.
Pour Bangui, l’enjeu est désormais de passer d’une logique de multiplication des projets à une logique de projets prioritaires, financés et exécutables.
Les infrastructures restent au cœur de la transformation
Parmi les cinq priorités gouvernementales, les infrastructures devraient occuper une place centrale.
La République centrafricaine demeure confrontée à d’importants déficits en matière de transport, d’énergie, d’accès à l’eau et d’équipements publics. Ces insuffisances ont des conséquences directes sur la vie quotidienne, mais également sur les entreprises et l’activité économique.
Une route en mauvais état augmente les coûts de transport. Une alimentation électrique insuffisante limite la capacité des entreprises à produire. Un accès difficile à l’eau affecte les ménages, les services publics et certaines activités économiques.
L’investissement public peut donc avoir un effet multiplicateur lorsqu’il cible les infrastructures qui permettent ensuite au secteur privé de se développer.
C’est probablement l’un des principaux enjeux du programme 2027-2029 : identifier les infrastructures qui auront le plus grand impact économique et social.
La sécurité alimentaire, un enjeu économique autant que social
La priorité accordée à la sécurité alimentaire mérite également une attention particulière.
La RCA dispose d’un important potentiel agricole, mais celui-ci reste insuffisamment exploité. L’agriculture représente pourtant un secteur capable de créer des emplois, d’améliorer les revenus ruraux et de réduire la dépendance aux importations alimentaires.
Pour obtenir des résultats durables, les investissements ne devront cependant pas se limiter à augmenter la production.
Il faudra également améliorer les infrastructures rurales, l’accès aux intrants, le stockage, la transformation, les routes de desserte et les circuits de commercialisation.
La sécurité alimentaire devient alors une question beaucoup plus large : comment transformer le potentiel agricole centrafricain en véritable moteur de croissance ?
Le futur programme d’investissement pourrait jouer un rôle important dans cette transformation s’il parvient à relier les investissements agricoles aux infrastructures et au développement du secteur privé.
Mobiliser davantage de recettes pour financer davantage
L’une des priorités annoncées par Bangui concerne directement la capacité de l’État à augmenter ses recettes intérieures. Cette question est fondamentale.
Un gouvernement peut définir des priorités ambitieuses, mais celles-ci restent difficiles à réaliser si les recettes publiques ne suivent pas.
La Banque mondiale estimait encore en juillet 2026 que la RCA devait poursuivre des réformes structurelles importantes dans la gestion des finances publiques et la mobilisation des ressources intérieures. Selon l’institution, ces réformes sont nécessaires pour consolider la stabilité macroéconomique, soutenir le développement humain, stimuler la croissance et créer les conditions favorables à la création d’emplois.
Le budget 2027-2029 devra donc être construit avec une contrainte majeure : faire davantage avec des ressources qui restent limitées.
Cela implique notamment d’améliorer le rendement des administrations fiscales et douanières, de réduire les pertes de recettes et de renforcer la transparence dans la gestion des finances publiques.
Pour Bangui, chaque amélioration de la mobilisation des recettes peut potentiellement se traduire par davantage de capacités pour financer les infrastructures et les services essentiels.
Les partenaires internationaux resteront essentiels
La RCA ne pourra toutefois pas financer seule l’ensemble de ses besoins d’investissement.
Les partenaires techniques et financiers occupent déjà une place importante dans le financement du développement du pays. En août 2026, le Comité de pilotage du Fonds des Nations unies pour la consolidation de la paix avait notamment examiné un portefeuille de neuf projets représentant près de 29 millions de dollars d’investissements et défini les orientations stratégiques pour 2027.
Cette présence internationale montre que le financement du développement centrafricain repose sur une combinaison de ressources nationales et de contributions extérieures.
Mais elle impose également à Bangui de présenter des projets suffisamment solides pour convaincre les bailleurs.
Un projet bien étudié, aligné sur les priorités nationales et accompagné d’un mécanisme clair de suivi possède davantage de chances d’attirer des financements qu’une initiative encore au stade de l’intention.
Le processus budgétaire 2027-2029 devra donc également servir de portefeuille de projets à présenter aux partenaires internationaux.
Le PND 2024-2028 comme référence
La préparation du nouveau programme d’investissement intervient alors que la RCA poursuit la mise en œuvre de son Plan national de développement 2024-2028.
En janvier 2026, le comité de pilotage chargé du PND avait lancé sa phase opérationnelle après la Table ronde des investisseurs organisée à Casablanca en 2025. Les autorités avaient alors souligné la nécessité de transformer les orientations du plan en projets concrets et financés.
Le futur programme 2027-2029 devra donc assurer une continuité entre les projets déjà engagés et les nouvelles priorités du gouvernement.

Cette cohérence est importante pour éviter que chaque nouveau cycle budgétaire ne remette complètement en question les projets précédents.
La planification sur trois ans doit justement permettre d’avoir une vision plus stable des investissements et de mieux programmer les ressources nécessaires à leur réalisation.
Un budget d’investissement qui devra être réaliste
Le véritable défi de Bangui sera cependant de trouver le juste équilibre entre ambition et réalisme.
La RCA a besoin de nombreuses infrastructures. Les besoins sont considérables dans les domaines de l’énergie, des transports, de l’agriculture, de la santé, de l’éducation et de l’eau.
Mais les ressources disponibles ne permettent pas de tout financer en même temps.
Le choix des projets sera donc déterminant.
Un programme d’investissement efficace n’est pas nécessairement celui qui contient le plus grand nombre de projets. C’est celui qui concentre les ressources sur les projets capables de produire les effets les plus importants et qui disposent de chances réelles d’être achevés.
C’est précisément la logique que semble vouloir privilégier le gouvernement avec l’examen du niveau de maturité des projets et de leur cohérence avec les priorités du PND.
L’ANALYSE DE LACEMAC.INFO
Pour LACEMAC.INFO, la préparation du budget d’investissement 2027 et du Programme triennal d’investissement 2027-2029 constitue bien plus qu’un exercice administratif.
Elle représente un test de crédibilité pour la politique de développement de la République centrafricaine.
Le premier élément positif est la volonté de mieux sélectionner les projets. Dans un pays où les besoins sont immenses et les ressources limitées, la dispersion des investissements peut être particulièrement coûteuse. Chaque projet lancé sans financement suffisant ou sans étude sérieuse risque de mobiliser des ressources sans produire les résultats attendus.
La décision de privilégier les projets déjà inscrits dans le PND 2024-2028 et ceux dont l’exécution est suffisamment avancée peut donc contribuer à améliorer l’efficacité de la dépense publique.
Mais pour LACEMAC.INFO, la vraie question sera celle de la qualité économique des investissements.
La RCA doit éviter de considérer l’investissement uniquement comme une dépense publique. Un investissement doit idéalement créer un effet durable : améliorer la productivité, réduire les coûts, faciliter le commerce, renforcer les revenus des ménages ou permettre au secteur privé de se développer.
Prenons l’exemple d’une route.
Construire une route vers une zone agricole peut avoir un impact beaucoup plus important si cette infrastructure permet aux producteurs d’accéder aux marchés, de réduire les pertes après récolte et d’augmenter leurs revenus. La route devient alors un outil de développement économique.
Le même raisonnement s’applique à l’électricité. Une centrale ou un réseau électrique ne doit pas être considéré uniquement comme une infrastructure technique. Son véritable impact se mesure aussi à sa capacité à permettre aux entreprises de produire davantage et aux investisseurs de s’installer.
C’est cette logique que Bangui devra intégrer dans son programme 2027-2029.
Pour LACEMAC.INFO, la RCA doit désormais passer d’une logique de projets à une logique d’impact.
Cela signifie sélectionner les investissements en fonction de leur contribution réelle au développement du pays. L’autre enjeu majeur sera le financement.
Le gouvernement veut renforcer les recettes intérieures, mais les capacités budgétaires resteront probablement insuffisantes pour financer l’ensemble des infrastructures nécessaires. Les partenaires internationaux continueront donc de jouer un rôle important.
La RCA devra par conséquent améliorer la qualité de ses projets afin de pouvoir présenter aux bailleurs et aux investisseurs un portefeuille crédible, cohérent et techniquement solide.
Cette question est d’autant plus importante que la Banque mondiale appelle à renforcer la gestion des finances publiques et la mobilisation des ressources intérieures.
Pour LACEMAC.INFO, le prochain défi sera donc de créer une véritable chaîne entre planification, financement, exécution et évaluation.
Un projet doit être identifié parce qu’il répond à un besoin. Il doit ensuite être étudié afin de déterminer son coût et sa faisabilité. Il doit ensuite disposer d’un financement clair. Puis il doit être exécuté dans les délais. Enfin, son impact doit être mesuré.
Cette chaîne peut sembler évidente, mais elle est essentielle pour éviter que les plans de développement ne restent au stade des documents stratégiques.
La RCA possède aujourd’hui une fenêtre d’opportunité intéressante. L’amélioration relative de la situation sécuritaire et les efforts engagés dans les réformes des finances publiques peuvent permettre de créer un environnement plus favorable à l’investissement. La Banque mondiale souligne justement l’existence d’une telle fenêtre, tout en rappelant que les fragilités structurelles restent importantes.
Il faudra donc utiliser cette période pour investir dans les secteurs qui peuvent renforcer durablement l’économie.
Pour nous, trois domaines méritent une attention particulière : les infrastructures, l’agriculture et l’énergie.
Les infrastructures permettent de connecter les territoires. L’agriculture peut créer des revenus et renforcer la sécurité alimentaire. L’énergie peut soutenir l’industrialisation et le développement des entreprises. Ces trois secteurs peuvent ensuite produire des effets sur l’ensemble de l’économie.
Mais la réussite dépendra également de la gouvernance.
La qualité des investissements publics ne dépend pas uniquement de leur montant. Elle dépend de la transparence des procédures, de la capacité à contrôler les coûts, du respect des délais et de la responsabilité des gestionnaires.
C’est pourquoi la priorité donnée à la gouvernance dans le prochain budget est particulièrement importante.
Un pays ne devient pas plus riche simplement parce qu’il investit davantage. Il devient plus riche lorsqu’il investit mieux.
C’est probablement la philosophie qui devra guider le programme centrafricain 2027-2029.
La question de l’emploi au cœur du prochain cycle
Un autre indicateur devra être pris en compte : la capacité des investissements à créer des emplois.
Dans une économie où une grande partie de la population dépend de secteurs à faible productivité, les investissements publics doivent autant que possible stimuler les activités privées.
Un projet d’infrastructure peut créer des emplois pendant sa construction, mais son véritable impact apparaît lorsqu’il permet ensuite à des entreprises et à des producteurs de développer leurs activités.
Le futur programme devra donc chercher à maximiser cet effet.
Les investissements dans l’agriculture, les infrastructures rurales, l’énergie et les transports pourraient notamment contribuer à créer les conditions d’une croissance plus inclusive.
Une période de trois ans pour changer de rythme
Le choix d’un programme triennal permet justement à Bangui d’inscrire ses investissements dans une perspective plus longue que le seul exercice budgétaire annuel.
Cela peut faciliter la programmation des grands projets, la recherche de financements et la coordination avec les partenaires internationaux.
Mais cette vision à trois ans devra être accompagnée d’un suivi régulier.
Un projet prévu pour 2027 ne doit pas attendre 2029 pour que son niveau d’exécution soit évalué.
La réussite du programme dépendra donc également de la capacité de l’administration à suivre les projets année après année et à réorienter les ressources lorsque certaines opérations rencontrent des difficultés.
Bangui face à un choix stratégique
Avec la préparation du Budget d’investissement 2027 et du Programme triennal 2027-2029, la République centrafricaine dispose d’une occasion de renforcer la cohérence de sa politique de développement.
Les priorités annoncées sont claires : mobiliser davantage de recettes, protéger les populations, développer les infrastructures, renforcer la sécurité alimentaire et améliorer la gouvernance.
La difficulté sera désormais de transformer ces priorités en projets suffisamment solides, financés et exécutés.
La RCA n’a pas besoin d’un programme qui promet tout. Elle a besoin d’un programme qui choisit, finance et réalise.
De la programmation à la transformation
Les concertations lancées à Bangui marquent donc le début d’un processus qui devra aboutir aux arbitrages définitifs sur les investissements publics de 2027 et sur la programmation des trois prochaines années. Les autorités veulent limiter la dispersion des ressources et privilégier les projets cohérents avec le PND et suffisamment mûrs pour être exécutés.
Cette approche peut permettre à la RCA d’améliorer progressivement l’efficacité de sa dépense publique.
Mais le véritable résultat ne sera pas visible dans les documents budgétaires. Il sera visible sur le terrain.
Une route achevée. Une école fonctionnelle. Un centre de santé équipé. Une zone agricole mieux connectée. Une alimentation électrique renforcée. Une entreprise qui peut enfin produire dans de meilleures conditions.
C’est à travers ces résultats concrets que la population jugera la réussite du prochain cycle d’investissement.
Pour LACEMAC.INFO, le défi de Bangui pour 2027-2029 est donc simple à formuler : transformer des ressources rares en investissements utiles, et transformer ces investissements en croissance durable.
La préparation du budget commence aujourd’hui. La véritable bataille sera celle de son exécution.

