15 septembre 2026
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Cameroun–RCA : le projet ferroviaire à 6 milliards de dollars

Un projet ferroviaire de 1 350 kilomètres pourrait bientôt relier la République centrafricaine au port de Kribi, au Cameroun. Évalué à 6 milliards de dollars, ce corridor vise notamment à faciliter l’évacuation des ressources minières centrafricaines vers l’Atlantique. Pour Bangui, l’enjeu est celui du désenclavement. Pour Yaoundé, c’est une nouvelle opportunité de faire de Kribi une plateforme logistique majeure pour l’Afrique centrale.

Un corridor stratégique entre Bangui et Kribi

La République centrafricaine pourrait franchir une étape majeure dans son désenclavement économique avec le développement d’une nouvelle liaison ferroviaire vers le Cameroun. Le projet annoncé prévoit la construction d’environ 1 350 kilomètres de voie ferrée afin de connecter les zones minières centrafricaines au port en eau profonde de Kribi, sur la façade atlantique camerounaise.

Selon les informations communiquées autour du projet, son financement atteindrait 6 milliards de dollars, soit plusieurs milliers de milliards de francs CFA. A&S Resources porte le projet avec le groupe chinois China Railway Sixth Group, tandis qu’un financement aurait été annoncé auprès d’India Exim Bank.

L’ambition est considérable : créer une nouvelle voie d’accès aux marchés internationaux pour un pays qui ne possède pas de façade maritime.

Pour Bangui, sortir de l’enclavement

Pour la RCA, la construction d’un chemin de fer vers le Cameroun pourrait profondément modifier les conditions de son commerce extérieur.

Aujourd’hui, le pays dépend largement des corridors routiers pour accéder aux ports et aux marchés régionaux. Cette situation augmente les coûts logistiques et limite la capacité du pays à développer certaines activités nécessitant le transport de volumes importants.

Le rail pourrait changer cette équation.

En reliant directement l’intérieur de la Centrafrique au littoral camerounais, le projet offrirait une solution beaucoup plus adaptée au transport massif de minerais et de marchandises. Il pourrait également réduire progressivement la dépendance au transport routier sur les longues distances.

Le minerai de fer au cœur de l’équation

L’un des principaux objectifs du projet est de faciliter l’exploitation et l’évacuation des ressources minières centrafricaines, notamment le minerai de fer.

C’est un élément essentiel de l’équation économique. Une infrastructure de 1 350 kilomètres nécessite des volumes de marchandises suffisamment importants pour justifier son coût et assurer sa rentabilité sur le long terme.

Le développement du secteur minier pourrait donc devenir le principal moteur du corridor.

Mais son impact pourrait aller beaucoup plus loin si la ligne ferroviaire était progressivement utilisée pour transporter d’autres marchandises : produits agricoles, équipements industriels, biens de consommation ou encore matériaux de construction.

Kribi pourrait changer d’échelle

Pour le Cameroun, l’enjeu est tout aussi stratégique.

Le port de Kribi pourrait devenir la principale porte maritime de la République centrafricaine vers l’océan Atlantique. Une connexion ferroviaire directe renforcerait donc son rôle de plateforme logistique régionale.

Cela pourrait générer davantage d’activités dans le transport, la manutention, l’entreposage et les services portuaires.

À terme, Kribi pourrait ainsi dépasser son rôle de simple infrastructure portuaire camerounaise pour devenir un véritable hub au service de plusieurs économies d’Afrique centrale.

Un projet à dimension internationale

Le projet illustre également l’intérêt croissant des partenaires asiatiques pour les infrastructures et les ressources africaines.

L’implication annoncée d’India Exim Bank dans le financement et de China Railway Sixth Group dans la réalisation donne à cette liaison une dimension qui dépasse largement les relations entre Bangui et Yaoundé.

La construction du corridor pourrait ainsi associer financement international, expertise chinoise, ressources centrafricaines et infrastructure portuaire camerounaise.

Le défi sera désormais de passer de l’annonce aux rails

L’annonce d’un financement de 6 milliards de dollars constitue une étape importante, mais elle ne signifie pas encore que les 1 350 kilomètres de voie ferrée sont construits.

Un projet de cette ampleur devra franchir de nombreuses étapes : études techniques, études environnementales, sécurisation des emprises, mobilisation effective des financements, construction, organisation de l’exploitation et développement parallèle des activités minières.

La question de la viabilité économique sera également déterminante.

Pour qu’un tel investissement produise les résultats attendus, il faudra garantir des volumes de marchandises suffisants et assurer une exploitation efficace du corridor sur plusieurs décennies.

 L’ANALYSE DE LACEMAC.INFO

Ce projet pourrait être beaucoup plus important qu’une simple liaison ferroviaire entre deux pays.

Il pourrait devenir un nouveau corridor économique pour l’Afrique centrale.

La RCA possède des ressources, mais son enclavement limite fortement sa capacité à les transformer en revenus et en investissements. Le Cameroun possède une ouverture maritime et un port moderne, mais doit encore renforcer sa position de plateforme régionale.

Le chemin de fer pourrait donc créer une complémentarité stratégique entre les deux économies.

Mais la réussite du projet dépendra de sa capacité à produire des retombées concrètes pour les populations et les économies locales. Le risque serait de construire uniquement une infrastructure destinée à exporter des matières premières sans développer autour d’elle des activités de transformation, des zones industrielles et de nouveaux pôles économiques.

L’enjeu sera donc de transformer un corridor minier en corridor de développement.

Un nouveau pari pour l’intégration régionale

Si le projet se concrétise, les conséquences pourraient dépasser largement le Cameroun et la RCA.

Un axe ferroviaire reliant l’intérieur de la Centrafrique au port de Kribi pourrait progressivement attirer de nouveaux investissements, favoriser l’implantation d’entreprises le long du tracé et renforcer les échanges commerciaux entre les deux pays.

Il pourrait également s’intégrer aux ambitions plus larges de développement des corridors de transport en Afrique centrale.

Pour Bangui, ce serait une nouvelle porte vers le commerce mondial.

Pour Yaoundé, une opportunité de renforcer Kribi.

Pour les investisseurs, un nouvel axe reliant les ressources du cœur du continent à l’Atlantique.

Avec 1 350 kilomètres de voie ferrée et 6 milliards de dollars annoncés, le projet Cameroun–RCA fait partie des grands paris infrastructurels à surveiller en Afrique centrale.

Son véritable impact ne se mesurera toutefois pas au montant annoncé, mais à sa capacité à devenir une infrastructure durable, rentable et créatrice de valeur pour les deux pays.

Si les rails arrivent jusqu’à Bangui, c’est potentiellement toute la géographie économique de la Centrafrique qui pourrait changer.

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