27 août 2026
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Congo et Tchad : jusqu’à 6,20 % pour attirer l’épargne CEMAC, la bataille des financements s’intensifie

À la fin du mois d’août, les Trésors publics de la République du Congo et du Tchad ont simultanément sollicité le marché régional des titres publics afin de mobiliser plusieurs dizaines de milliards de FCFA. Brazzaville a proposé jusqu’à 6,20 % sur une obligation à quatre ans, tandis que N’Djamena a offert 6 % sur une obligation à deux ans. Au total, les deux pays ont mis sur le marché jusqu’à 70 milliards de FCFA sur deux séances, dans un contexte où plusieurs États de la CEMAC cherchent eux aussi à financer leurs besoins budgétaires. Derrière ces taux attractifs se joue une bataille plus profonde : celle de l’accès à une épargne régionale devenue stratégique pour les finances publiques de la sous-région. 

Deux États, un même objectif : mobiliser rapidement des ressources

Les 25 et 26 août 2026 ont illustré la concurrence croissante qui se développe sur le marché régional des titres publics de la CEMAC. Le Congo a programmé une opération de 45 milliards de FCFA comprenant deux Obligations du Trésor assimilables (OTA) et deux Bons du Trésor assimilables (BTA). Le Tchad lui a emboîté le pas avec une OTA de 25 milliards de FCFA à deux ans. Sur le papier, les deux opérations répondent à des besoins différents, mais elles poursuivent la même finalité : obtenir des ressources auprès des investisseurs de la zone pour financer les besoins de trésorerie des États. 

Pour le Congo, l’offre était particulièrement structurée. Brazzaville proposait 15 milliards de FCFA sur une OTA à quatre ans rémunérée à 6,20 %, 10 milliards sur une OTA à deux ans à 5,90 %, ainsi que 15 milliards sur un BTA à 26 semaines et 5 milliards sur un BTA à 52 semaines. Les deux obligations prévoient un paiement annuel des intérêts et un remboursement du principal à l’échéance, tandis que les intérêts des bons sont précomptés. 

Le Tchad, de son côté, a proposé une OTA de 25 milliards de FCFA à deux ans, assortie d’un coupon annuel de 6 %. Le titre arrive à échéance le 28 août 2028 et prévoit le remboursement du principal in fine. Cette émission s’inscrit dans un calendrier de financement beaucoup plus large, puisque N’Djamena prévoit encore plusieurs opérations sur le marché régional au cours des prochaines semaines. 

Pourquoi ces taux sont-ils importants ?

Un taux de 6,20 % peut sembler particulièrement intéressant pour un investisseur qui cherche du rendement en FCFA. Mais derrière ce chiffre se trouve une réalité plus complexe : lorsqu’un État propose un rendement élevé, il cherche à rendre ses titres suffisamment attractifs pour convaincre les investisseurs de placer leur argent chez lui plutôt que chez un autre émetteur.

Dans une zone monétaire commune comme la CEMAC, cette concurrence est particulièrement importante. Les investisseurs régionaux disposent d’un éventail de titres souverains émis par plusieurs pays utilisant le même franc CFA. Le Congo, le Tchad, le Cameroun, le Gabon, la République centrafricaine et la Guinée équatoriale peuvent donc se retrouver à solliciter, parfois au même moment, les mêmes banques et les mêmes investisseurs institutionnels.

Le marché régional devient ainsi un véritable espace de compétition pour la liquidité. Plus les besoins de financement des États augmentent simultanément, plus chacun doit trouver le bon équilibre entre le montant recherché, la maturité proposée et la rémunération offerte aux investisseurs.

Le Congo privilégie aussi les maturités plus longues

L’opération congolaise présente une caractéristique intéressante : Brazzaville ne cherche pas uniquement à obtenir des ressources à très court terme. Sur les 45 milliards de FCFA proposés, 25 milliards prennent la forme d’OTA à deux et quatre ans, contre 20 milliards de BTA à six et douze mois.

Cette structure traduit une volonté de diversifier les instruments de financement et de mobiliser davantage de ressources à moyen terme. Une telle stratégie peut permettre au Trésor de réduire la pression liée au renouvellement fréquent des emprunts à court terme, même si elle implique naturellement des engagements financiers qui s’étendent sur plusieurs années.

Le choix du taux de 6,20 % pour l’OTA à quatre ans est également révélateur. Le Congo accepte de rémunérer davantage les investisseurs lorsqu’il leur demande de s’engager sur une période plus longue. L’écart avec l’OTA à deux ans, proposée à 5,90 %, atteint 30 points de base. 

Cette différence traduit notamment le coût supplémentaire associé à une maturité plus longue et à l’évaluation du risque par le marché.

Le Tchad sous une pression financière plus forte

Pour N’Djamena, la situation présente une autre dimension. Le Tchad a déjà fortement recours au marché régional pour financer ses besoins et doit multiplier les émissions au cours du troisième trimestre 2026.

Entre le 5 et le 19 août, le Trésor tchadien avait ainsi mobilisé 29,2 milliards de FCFA sur 35 milliards recherchés, soit environ 83,6 % de l’objectif. Cette souscription partielle montre que les investisseurs ne répondent pas automatiquement à toutes les sollicitations du Trésor, même lorsque les titres proposés offrent des rémunérations relativement élevées.

Le contexte est donc particulièrement intéressant pour comprendre la nouvelle émission à 6 %. N’Djamena doit à la fois trouver suffisamment de liquidités pour financer son budget et maintenir l’intérêt des investisseurs pour sa signature souveraine. Le calendrier révisé prévoit entre 155 et 305 milliards de FCFA de mobilisations entre juillet et septembre 2026, à travers différentes émissions de BTA et d’OTA. 

Cette fréquence élevée place le Tchad dans une situation où la capacité du marché à absorber ses émissions devient un enjeu aussi important que le niveau du taux proposé.

Une concurrence qui dépasse le Congo et le Tchad

Le phénomène ne concerne d’ailleurs pas uniquement Brazzaville et N’Djamena. Dans la même fenêtre, le Cameroun sollicitait également le marché régional avec un BTA de 20 milliards de FCFA à 52 semaines. Au total, les opérations annoncées sur la période du 24 au 26 août représentaient environ 90 milliards de FCFA de titres souverains proposés aux investisseurs régionaux, dont 45 milliards pour le Congo, 25 milliards pour le Tchad et 20 milliards pour le Cameroun.

Cette simultanéité est importante. Elle montre que les Trésors de la CEMAC ne fonctionnent plus seulement dans leurs marchés nationaux respectifs. Ils évoluent dans un marché régional intégré où la capacité de financement d’un État dépend également de l’appétit des investisseurs pour les titres des autres pays.

Lorsqu’un investisseur dispose d’un montant limité à placer, il peut comparer les maturités, les taux et le risque perçu avant de choisir son investissement. Un État qui veut lever des fonds doit donc rendre son offre suffisamment compétitive.

Le marché CEMAC devient un passage obligé

Cette évolution témoigne également du rôle croissant du marché des titres publics dans le financement des économies de la CEMAC. Les banques et autres investisseurs régionaux deviennent progressivement des acteurs essentiels du financement des déficits budgétaires et des besoins de trésorerie des États.

Le mécanisme est relativement simple : le Trésor émet des titres, les investisseurs souscrivent, puis l’État verse les intérêts prévus et rembourse le capital à l’échéance. Pour les gouvernements, cette méthode permet de mobiliser rapidement des ressources sans dépendre exclusivement des financements extérieurs.

Mais elle crée aussi une nouvelle responsabilité. Plus un État utilise régulièrement le marché, plus il doit préserver la confiance des investisseurs. Une émission mal souscrite peut envoyer un signal négatif sur la perception du risque, tandis qu’une demande forte peut faciliter les opérations suivantes.

Le marché devient ainsi à la fois une source de financement et un mécanisme de jugement permanent de la crédibilité financière des États.

Le coût de l’argent devient une question stratégique

Le niveau des taux montre également que le financement des États n’est pas gratuit. Les données disponibles sur le marché régional font apparaître une hausse du coût moyen des émissions, passé de 7,70 % fin janvier 2025 à 8,78 % un an plus tard selon les données citées par Capmad. Dans le même temps, le taux d’intérêt des appels d’offres de la BEAC était maintenu à 4,50 % après la décision du Comité de politique monétaire de juin 2026. 

Cette différence entre le coût de refinancement de la banque centrale et les rémunérations exigées sur les titres publics rappelle que les investisseurs intègrent dans leurs décisions une prime liée au risque et à la durée de l’investissement.

Pour les États, chaque hausse du coût d’emprunt signifie mécaniquement davantage de charges financières à supporter dans les années suivantes. Lorsque les émissions se multiplient, ces intérêts peuvent progressivement peser sur les budgets et réduire les marges disponibles pour les dépenses d’investissement.

La question n’est donc pas simplement de savoir si un État peut réussir à lever 25 ou 45 milliards de FCFA. Il faut également se demander à quel coût et pour financer quoi.

Attirer l’épargne est une chose, la transformer en croissance en est une autre

C’est probablement le principal enjeu derrière cette nouvelle compétition.

Le recours au marché régional permet aux États de disposer de ressources supplémentaires. Mais ces ressources ne créent pas automatiquement de la croissance. Leur impact dépend de leur utilisation.

Si les fonds servent principalement à couvrir des dépenses courantes ou à rembourser d’anciennes dettes, leur effet sur l’économie réelle peut rester limité. À l’inverse, lorsqu’ils financent des infrastructures, des équipements productifs, l’énergie, les transports ou des projets capables de stimuler le secteur privé, ils peuvent contribuer à créer davantage de valeur et de recettes futures.

La qualité de l’utilisation de la dette devient donc aussi importante que la capacité à l’obtenir.

Pour le Congo comme pour le Tchad, la question est d’autant plus sensible que leurs besoins de financement restent importants et que leurs économies demeurent exposées aux fluctuations des matières premières. Le recours répété au marché régional doit ainsi s’accompagner d’une stratégie permettant progressivement de renforcer les recettes internes et de développer de nouvelles sources de croissance.

L’ANALYSE DE LACEMAC.INFO

Pour LACEMAC.INFO, la bataille des taux observée entre le Congo et le Tchad est révélatrice d’une transformation plus profonde du financement public en Afrique centrale. Les États de la CEMAC ne se contentent plus de rechercher des financements à l’extérieur de la région : ils se tournent de plus en plus vers leur propre marché financier et vers l’épargne disponible au sein de la communauté.

Cette évolution est positive sur un point essentiel. Elle montre que la CEMAC dispose progressivement d’un marché régional capable de canaliser des ressources vers les États membres. Les banques, les investisseurs institutionnels et les autres acteurs financiers de la sous-région deviennent ainsi des partenaires directs du financement des politiques publiques.

Mais cette dynamique comporte également un risque : que les États se retrouvent à se concurrencer pour une quantité de liquidité qui n’est pas infinie.

Lorsque plusieurs Trésors sollicitent simultanément les mêmes investisseurs, le marché devient naturellement plus sélectif. Les investisseurs peuvent arbitrer entre les signatures en fonction du rendement proposé, de la maturité et du risque qu’ils associent à chaque pays. Les États les plus crédibles disposent alors d’un avantage, tandis que ceux dont les finances publiques sont perçues comme plus fragiles doivent parfois proposer une rémunération plus élevée pour attirer les mêmes capitaux.

Le cas du Tchad mérite ici une attention particulière. Le fait que N’Djamena n’ait mobilisé que 29,2 milliards de FCFA sur les 35 milliards recherchés lors de deux opérations précédentes en août montre que le rendement ne suffit pas toujours à garantir une souscription complète.

Cela signifie que la confiance des investisseurs devient une variable fondamentale.

Pour le Congo également, l’enjeu ne consiste pas uniquement à proposer 6,20 %. Il consiste à démontrer que les ressources empruntées pourront être gérées de manière à préserver la capacité future de remboursement de l’État. Une dette peut être utile lorsqu’elle finance un investissement productif ; elle devient beaucoup plus préoccupante lorsqu’elle sert principalement à repousser les difficultés budgétaires.

Le véritable sujet n’est donc pas le taux de 6,20 %. Le véritable sujet est le rendement économique de l’argent emprunté.

Si les capitaux mobilisés permettent d’améliorer les infrastructures, de développer l’énergie, de soutenir la production locale ou d’améliorer la compétitivité des entreprises, ils peuvent contribuer à créer les revenus nécessaires au remboursement futur de la dette. Dans le cas contraire, les États risquent de devoir emprunter à nouveau pour financer les échéances précédentes, ce qui peut installer progressivement une dépendance au marché.

Pour LACEMAC.INFO, la prochaine étape devrait donc être celle d’une meilleure articulation entre marché financier régional et financement du développement. Le marché des titres publics ne devrait pas uniquement servir à gérer les déficits ; il doit également contribuer à financer la transformation économique de la CEMAC.

C’est particulièrement important dans une région où les besoins en infrastructures, en énergie, en transport, en industrialisation et en emplois restent considérables. Si l’épargne régionale est correctement orientée vers ces secteurs, elle peut devenir un véritable levier de développement.

Le marché financier de la CEMAC possède donc une opportunité historique : transformer une partie de l’épargne disponible dans la région en investissements capables de produire davantage de richesses dans la région.

Mais cette ambition nécessitera également davantage de transparence, de discipline budgétaire et de visibilité sur les stratégies d’endettement des États.

Une bataille des taux qui pourrait devenir une bataille de crédibilité

À court terme, les émissions du Congo et du Tchad permettent surtout de mesurer l’appétit des investisseurs pour leurs signatures respectives. À moyen terme, elles posent une question beaucoup plus importante : quel État saura convaincre durablement les investisseurs qu’il utilise efficacement l’argent qu’il emprunte ?

Le rendement est un élément déterminant, mais il n’est jamais le seul. La trajectoire des finances publiques, la croissance économique, les recettes de l’État, la gestion de la dette et la capacité à financer des investissements productifs jouent également un rôle majeur.

Dans une CEMAC où plusieurs pays sollicitent régulièrement le même marché, la réputation financière devient donc un actif à part entière.

Le Congo et le Tchad ont choisi de jouer la carte des taux pour attirer les capitaux. Mais à terme, ils devront surtout jouer celle de la confiance.

La CEMAC face à un nouveau défi financier

La fin du mois d’août 2026 aura ainsi montré à quel point le marché régional est devenu central dans le financement des États de la CEMAC. Avec 70 milliards de FCFA recherchés par le Congo et le Tchad, auxquels s’ajoutaient les sollicitations du Cameroun, la période illustre une concurrence croissante pour capter les ressources disponibles. 

Cette concurrence n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle. Elle peut pousser les États à améliorer leurs offres, à renforcer la transparence de leurs finances et à mieux structurer leurs stratégies d’endettement. Mais elle peut aussi augmenter le coût du financement pour les pays qui doivent proposer des taux élevés afin de convaincre les investisseurs.

Pour la CEMAC, l’enjeu sera donc de continuer à développer la profondeur de son marché financier afin que l’épargne régionale puisse répondre à une partie croissante des besoins de financement sans créer une compétition excessive entre les États.

Le Congo propose jusqu’à 6,20 %. Le Tchad offre 6 %. Mais derrière ces chiffres se joue une bataille beaucoup plus importante : celle de la confiance, de la crédibilité financière et de la capacité des États d’Afrique centrale à transformer leur propre épargne en moteur de développement.

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